C u z a l s
Musée de Plein Air du Quercy
Conseil Général du Lot

 

Les Collections du Musée de plein-air
 

LA FERME DE LA FIN
DU MOYEN AGE

 

 

LES PUITS DU QUERCY

LA FERME AU DEBUT DU XX°s

 

 

LA STATION DE POMPAGE

LE LAC DE
SAINT NAMPHAISE

 

 

L’IMPRIMERIE

 

 

LA CERAMIQUE

LES RUCHES

 

 

LE MACHINISME AGRICOLE

LE RACCOMODAGE RURAL

 

 

CULTURES SPECIALISEES

LE CUIVRE

 

 

LA VANNERIE

L'ATTELAGE

   

LE SCIEUR DE LONG

L’ESPACE DU FEU

   

LES PETITS
   ARTISANS RURAUX

LES PRESSOIRS

   

LE MOULIN
LA BOULANGERIE

   

LES BOUILLEURS
DE CRU
LA DISTILLATION
DES ALCOOLS

   

L’OUTILLAGE A MAIN

   

LE TRAVAIL A FERRER

   

LES TRACTEURS

LES VEHICULES RURAUX

   

LA LOCOMOBILE

L’ATELIER DU SABOTIER

 

 

L’ESPACE DE L’EAU

 

 

Mis en ligne avec l'aimable autorisation
du CONSEIL GENERAL
du Département du Lot

 

 

 

Les collections du Musée de plein-air du Quercy - Cuzals

Objets d’étude et de mémoire, outils d’interprétation et de démonstration

            Le Musée de plein air du Quercy - Cuzals a été conçu à l’origine, c’est-à-dire à partir de 1983, date d’acquisition de la propriété par l’association Quercy - Recherche, sur un principe en pleine émergence, développé par Georges-Henri Rivière (créateur du Musée national des arts et traditions populaires), de musées de société. Ce principe, fortement lié à la création des Parcs naturels régionaux, s’appuie sur des reconstitutions et des installations recevant et présentant des collections ethnographiques in situ voire en action.

Le concept d’écomusée apparaît dans les années 1970 au moment où les musées dits classiques traversent un profond malaise. L’idée de ses concepteurs, Georges-Henri Rivière et Hugues de Vanne, est de créer une nouvelle structure muséographique, plus ancrée sur un territoire et dans un contexte social et culturel défini pour témoigner des pratiques et des cultures locales.

L’objectif était de :

En réponse à ce renouveau à l’échelle nationale, une petite équipe d’amateurs, soutenue et aidée scientifiquement par la Mission du patrimoine ethnologique du Ministère de la Culture et le Centre d’anthropologie de l’Ecole des hautes études en sciences sociales, s’est engagée dans le Lot à créer :

De ces grands objectifs est né le Musée de plein air du Quercy - Cuzals.

Les collections réunies s’attachent à présenter une aire géographique bien précise, le Quercy (soit le Département du Lot et le nord du département du Tarn-et-Garonne).

Elles présentent la mutation des campagnes au passage de la révolution industrielle (soit entre la fin de l’Ancien Régime et le milieu du XXème siècle) à partir :

L’ambition des fondateurs du musée était de créer non pas un musée de collectionneurs ou d’amateurs de folklores mais un musée « s’intéressant d’une part à l’étude ethnographique de la société rurale traditionnelle du Quercy, d’autre part à l’interaction entre la restitution patrimoniale et la vie réelle actuelle » (Jean-Luc Obereiner, revue Terrain 1986).


Plus de 10 000 objets ont ainsi été réunis qui peuvent se répartir en trois grands ensembles :

Afin de ne pas isoler les collections de leur territoire et de remédier à certaines lacunes du fonds initial, l’enrichissement des collections demeure un axe fort de la politique engagée par le Conseil Général sur le patrimoine ethnologique. D’une part, les contacts pris par le musée depuis maintenant 20 ans lui permettent d’avoir de nombreuses propositions de particuliers. D’autre part, une importante politique d’acquisition est menée auprès des interlocuteurs spécialisés de ce domaine, antiquaires, brocanteurs ou collectionneurs. Un fonds de plus de 4 000 objets, couvrant une grande partie du champ de la vie rurale du Bas Quercy ; est ainsi entré dans les collections ethnologiques départementales en 2002.

Le parcours muséographique proposé s’est forgé par l’agglomération de multiples sections afin de définir et de présenter dans un esprit d’exhaustivité l’ensemble des composantes de la vie agricole et du monde rural quercynois.

La muséographie s’organise au total sur environ 3 600 m2 autour de différents thèmes :


L’ensemble des dispositifs muséographiques s’intègre dans la configuration générale d’une vaste exploitation agricole en activité, avec ses animaux de la ferme, ses différentes cultures locales (seigle, blé, safran, tabac, chanvre, etc...) et ses activités complémentaires (apiculture, trufficulture, etc...).

Au gré des 30 hectares occupés par le musée, les installations muséographiques se répartissent entre :

- la station de pompage, les puits et le château d'eau pour le monde de l’eau

- la grange - étable pour les métiers du feu, les cultures spécialisées (là vigne, le tabac, la fraise), l’outillage agricole.

- le pigeonnier pour la vannerie de l’osier et de la paille.

- les caselles pour 1’architecture de pierre sèche et les métiers de la pierre

- les galinières pour les métiers du bois, du fer et de la terre.

- les porcheries pour la céramique et les cuivres.

- quelques pièces du « château » pour l’imprimeur, le forgeron garagiste et le prothésiste-dentiste (thème soin du corps).

Ce principe s’inscrit ainsi dans la continuité de renouveau agricole de cette propriété, qui avait été acheté au début du XXème siècle par un industriel lyonnais pour en faire une exploitation agricole modèle.

L’ambition et le pouvoir d’attraction de ce lieu de mémoire, de plaisir mais aussi d’étude s’est constitué sur la réalisation de plusieurs types de dispositifs muséographiques afin de mettre en relation :

- une approche synthétique offrant des visions analytiques de certains thèmes, les objets étant placés en situation.

- une approche plus insolite (le grenier du musée) et plus critique (la fouille archéologique d’un site du XXème siècle) introduisant une distanciation à l’objet, dans un esprit plus ou moins fantaisiste.


LA FERME DE LA FIN DU MOYEN AGE

A la fin de l’époque médiévale, et presque jusqu’à l’Ancien Régime, la condition paysanne en Quercy est rude. Mises à par les exploitations de fond de vallée, où les terres bénéficient d’un enrichissement dû aux alluvions des rivières, une grande partie des sols est difficile à travailler et l’outillage demeure rudimentaire.

L’habitat agricole d’alors se présente sous la forme de bâtiments faits de matériaux végétaux et minéraux, et associe hommes et animaux.

C’est une construction rudimentaire, faite de pans de bois remplis de petits moellons de calcaire non calibrés. Sa charpente, bien visible à l’intérieur, est maintenue à chaque extrémité par deux grands troncs constituant les arbalétriers. La couverture est végétale. Il s’agit ici de paille de seigle, matériaux très économique pour le paysan qui cultivait par ailleurs cette céréale pour faire sa farine. D’année en année, il pouvait ainsi réparer les affaiblissements de sa toiture (trous de rongeurs, glissements occasionnels dus aux vents forts). Le faîtage, quant à lui, est consolidé par un mélange de terre et de chaux.

L’habitat est mixte: on y trouve ensemble les hommes et les animaux de la ferme, à peine séparés par une fine cloison. Ce système permet de profiter de la chaleur de tous ! La cheminée est le cœur de la maison. Les lits des plus âgés et des nourrissons y sont adossés. Le mobilier est simple et presque toujours réalisé en bois. Le coffre est souvent le seul meuble, les matelas sont de simples paillasses. Plusieurs générations pouvaient cohabiter ainsi.

            L’autre côté de la cloison est composé de deux compartiments pour animaux: vache, brebis ou âne voire quelques poules. Par une échelle, on accède au grenier qui sert de lieu de stockage des grains, de séchage ou de remise (vanneries...).

Elle est bâtie sur un mode identique à celui de la chaumière. La charpente ne repose ici que sur, un petit muret de pierres, fondation nécessaire pour éviter le pourrissement du bois.

Cet espace est utilisé pour le stockage du petit matériel de l’exploitation. L’araire, instrument longtemps prisé par les agriculteurs quercinois, les faucilles pour récolter, les fléaux, pour battre les épis, et plusieurs autres instruments servant aussi bien à l’entretien du maigre bétail qu’au travail de la terre. Les loges étaient assez répandues à proximité des champs. Elles permettaient aux agriculteurs de laisser leur matériel sur place pour rentrer chez eux et de le retrouver le lendemain. Jusqu’à la Seconde Guerre Mondiale, et même parfois plus tard, ces petites structures couvertes parfois de genêts, de genévriers ou autres broussailles, étaient visibles surtout dans l’ouest du département.

Si la polyculture est une nécessité, puisqu’il faut garantir l’autosubsistance d’une famille élargie, l’obsession de ne pas manquer de pain conduit souvent à se concentrer sur la production de céréales: trop souvent du méteil (mélange de seigle et de blé). Un peu de chanvre pour, la confection de vêtements, quelques légumes (fèves, haricots, pois cassés...) complètent l’exploitation. Quant aux ruches, à l’arrière de la loge, elles fournissent grâce au miel, l’élément sucré de nombreuses préparations culinaires.


LA FERME AU DÉBUT DU XXEME SIECLE

Le domaine familial du début du XXème siècle ne se distingue que par de rares innovations de la ferme du XlXe. En fait, telle qu’elle est ici reconstituée, la ferme ne change pas d’aspect général jusqu’à la veille de la Seconde Guerre Mondiale. Certes, la mécanisation très progressive des travaux agricoles entraîne certaines modifications au niveau de l’outillage. De même, une pompe à eau manuelle est désormais installée dans la, cuisine, alimentant directement la maisonnée depuis la citerne. Toutefois, les principes d’exploitation et’ l’organisation des bâtiments n’est pas sans rappeler le souci des siècles précédents : assurer l’autosubsistance de la propriété.

Retrouvée entre Causse et Ségala, elle appartenait à une famille assez aisée, propriétaire de ses terres. C’est le modèle traditionnel de la maison-bloc en hauteur. La cave, semi-enterrée, contient la cuve nécessaire aux vendanges familiales, de l’espace pour les outils et les légumes. On accède au premier étage, partie habitée, par un escalier extérieur, parfois recouvert d’un « bolet » (toit en auvent). Signe de l’évolution, les pièces sont maintenant différenciées. La chambre est séparée par une cloison. La cuisine, dite « souillarde », renferme tous les ustensiles nécessaires. La grande cheminée demeurée le centre du foyer. Un escalier, sous lequel se trouve un lit, dessert le grenier : espace de stockage et de séchage de plantes et de la charcuterie.

Dans cette maison, jusque trois générations continuent de coexister !

La polyculture demeurant la règle, nombre de dépendances sont nécessaires. L’étable accueille les vaches, bœufs ou ânes plus souvent que des chevaux. Elle est divisée en deux espaces : le premier voué aux animaux, le second étant la chambre du bouvier (jeune homme souvent « placé »). L’étage est occupé sur toute sa longueur par la grange. Il est également de plain-pied afin que charrettes et outils attelés puissent y parvenir. La partie avant sert en effet d’atelier de réparation légère.

A l’arrière se trouve la soute à cochon. Dans la cour, une lapinière abrite indifféremment lapins et volailles Plus loin, l’étang et le lavoir complètent les équipements Comme faire le pain demeure souvent une nécessité, le fournil et son four voûté, assurent une relative autonomie à l’exploitation.

Le potager fournit à la ferme la base essentielle de ses légumes : pommes de terre, poireaux, carottes, choux, plantes aromatiques... Quelques arbres fruitiers et plantes fourragères complètent le dispositif. Derrière, quelques rangs de vigne poussent en terrasse. Mais ce sont surtout les champs de céréales (seigle, blé ou avoine) qui dominent. La culture du chanvre offre à la famille la matière première pour ses chemises et son linge de maison. Au bout du champ, le « cayrou» formé des pierres écartées de la parcelle cultivée, dissimule un abri ou gariotte.

La propriété s’achève sur des terres laissées en jachères (assolement), et de maigres espaces de bois, tant pour alimenter le foyer que pour le pacage de quelques brebis.


LES PUITS DU QUERCY

Dans une région marquée par l’irrégularité des précipitations et la sécheresse des paysages, l’alimentation en eau, tant pour l’espace domestique que pour l'exploitation agricole, est une nécessité première.

Chaque village ou chaque petite ferme possède son puits.

Celui-ci se distingue le plus souvent en fonction de l’accessibilité de la ressource.


LA STATION DE POMPAGE

Pour le commun de la population au début du XXe siècle, surtout dans les campagnes, avoir accès à l’eau se résume à aller au puits ou au lavoir suivant le besoin. C’était l’un des rôles de la maîtresse de maison, mais souvent aussi des enfants, d’aller au point d’eau, les épaules chargées d’un palan lesté d’un seau de chaque côté, ou une lourde poterie posée sur la tête protégée d’un « cabessal » (sorte de coussin bourré de paille). Sur le causse, l’économie d’une eau rare exigeait les plus grandes précautions : il ne fallait pas gaspiller la moindre louche.

Lorsque M. et Mme PERMEZEL deviennent propriétaires du lieu dit « Cuzals » en avril 1919, les quelques résidents du lieu sont soumis à la cette règle d'économie. Cependant, rien n’est négligé sur les plans dressés par l’architecte Emile TOULOUSE pour garantir tout le confort moderne à ce riche industriel lyonnais.

Il conçoit ainsi tout un dispositif d’adduction d’eau afin d’alimenter le château. Les travaux s’étalent jusqu’en 1926, époque à laquelle les principaux aménagements extérieurs sont terminés.

Cette petite station de pompage située dans la partie inférieure de la combe refoule les eaux souterraines grâce à un moteur BERNARD vers une citerne semi-enterrée située sur les hauteurs du domaine (au niveau du musée de l’eau). A partir de ce point, bien plus élevé que le château, l’eau stockée redescend au besoin par simple phénomène de gravité.

Ce système permet alors d’obtenir de l’eau jusqu’au second étage du château, ce qui est largement suffisant pour alimenter au sous-sol notamment la buanderie, au premier étage. les cuisines et au second les deux salles de bain de madame et monsieur. Les domestiques, logés au dernier étage, ne bénéficient pas de cet avantage.

Pour compléter le réseau et assurer une distribution immédiate, une citerne était greffée à l’arrière du château. C’était là une sorte d’accumulateur. Entre héritage traditionnel et aménagements modernes se trouvent toute la complexité et le paradoxe du domaine de Cuzals.


LE LAC DE SAINT NAMPHAISE

Tout un légendaire s’est développé au cours des siècles autour du manque d’eau sur les causses. C’est la naissance de la légende de saint Namphaise.

Au IXe siècle, un soldat des armées de Charlemagne sûr de sa puissance et redouté de ses adversaires, négligeait toute forme de religion. Toutefois, ses ennemis finirent par s’allier et lui tendre un piège. Devenu prisonnier, il se mit à prier, jurant que désormais il emploierait sa force extraordinaire à faire le bien à la condition que Dieu lui permette de s’enfuir.

Le miracle eut lieu et une fois dehors, Namphaise tint sa promesse.

Lorsqu’il se retira dans le désert de la Brauhnie, il découvrit la véritable oeuvre de bien qui l’attendait : venir en aide aux bergers, aux troupeaux et aux autres bêtes sauvages. Tous souffraient cruellement du manque d’eau. C’est donc à l’aide de son épée qu’il tailla à même la roche de petits lacs pour recevoir l’eau d’écoulement. Dans cette partie du Quercy, les lacs de saint-Namphaise sont assez nombreux. L ‘ermite fut quant à lui tué un jour par un taureau. Il fut enterré dans l’oratoire de Saint-Martin devenu aujourd’hui l’église de Caniac. La crypte du monument contient toujours ses reliques.

Les lacs de saint-Namphaise ont pour la plupart été réalisés durant les XVIIIe et XIXe siècles, par des bergers désireux d’offrir un point d’eau à leur troupeau. Ils ont tous été creusés en tirant partie d’une spécificité géologique. Les causses sont constitués de calcaire. Ce matériau perméable laisse pénétrer l’eau de surface. Sous cette épaisseur, en revanche le sous-sol est imperméable (marne). Le liquide s’écoule donc entre ces deux strates jusqu’à un point d’affleurement naturel ou pratiqué par l’homme.

Ainsi, des lacs de saint-Namphaise sont présents à Livernon, Reilhac, Espédaillac ou encore Quissac, où l’organisation géologique le permet. Cette zone est celle de la Brauhnie ; on rejoint ici la légende.

A Cuzals, le lac se trouve face à la ferme. Durant presque toute l’année, il est alimenté par un très léger suintement de surface. Il est un point d’eau pour les animaux. D’ailleurs, un abreuvoir est disposé devant, bien en évidence. En outre, sur le côté, une margelle permet à la maîtresse de maison de faire sa lessive.


L’IMPRIMERIE

Le XlXe siècle est l’époque à laquelle la presse locale connut une réelle explosion. Les lois de juillet 1881 constituent un réel assouplissement et une stabilisation du régime de la presse en France.

C’est alors que commence un véritable âge d’or de la presse locale. Peu onéreuse, sans véritable concurrence, elle devient rapidement le moyen de communication indispensable. Le numéro s’achète alors le plus souvent entre 5 et 10 centimes. Quant à l‘abonnement, son prix varie entre 5 F pour les moins coûteux et 12 F pour les plus chers. Mais bien évidemment, autant que l’argent que le lecteur y place, la presse est surtout une affaire de conviction politique. Dans les cafés et autres lieux de rencontre, le journal feuilleté est un signe de reconnaissance entre tous.

Un certain prestige s’attache par ailleurs à ces feuilles d’information.

Vers 1882, huit journaux coexistaient dans le Lot, en 1900 ils sont 18 à circuler et ils culminent à 21 en 1939. Bien évidemment, Cahors, la préfecture, produit le plus grand nombre de titres. Mais Figeac, Gourdon, Saint-Céré et même Souillac possèdent leurs propres journaux. Quelques titres sont à retenir comme:

L Alliance Républicaine du Lot,

La Croix du Lot,

Le Réveil du Lot,

L’Echo du Quercy,

ou le Progrès du Lot.

L’imprimerie est située en ville. Son atelier compte de nombreuses et complexes machines servant à produire articles et illustrations.

Depuis la presse verticale de Gütenberg, les systèmes d’impression se sont modernisés, mais ils demeurent basés sur le même dispositif général. Il faut attendre 1845 pour voir apparaître les impressions sur rotatives. Cet espace présente en outre une importante collection de pierres lithographiques. Ces pierres de calcaire poli étaient marquées à l’envers au crayon gras. Passées sous l’eau, elles étaient ensuite enduites d’une encre grasse. Ce procédé fut tout d’abord employé pour la reproduction des illustrations.

Les premières machines à typographier font leur apparition aux Etats Unis vers 1886: les Linotypes. Cette invention de Ottmar MERGENTHALER pouvait, deux ans plus tard, typographier 6000 caractères à l’heure, soit quatre fois plus vite qu’un excellent ouvrier typographe.

Plus tard, le principe de l’impression sur plaque de cuivre est repris pour la reproduction des images et photographies : c’est l’héliogravure. Cet atelier expose les différentes pièces d’imprimerie : presse à épreuves, à affiches, casses de types, massicots, Linotype et machines à relier.


LES RUCHES

Pendant longtemps, le miel est l’unique source de sucre pour les préparations culinaires. Mais pour récolter le miel un long travail préalable est nécessaire.

En premier lieu, il faut capturer un essaim. Dans nos régions, la manœuvre s’effectue la tête recouverte d’un camail et à l’aide d’un « paillassou », réceptacle en vannerie. Il faut ensuite installer la reine et sa cohorte d’ouvrières (entre 30 et 70 000 individus) dans une ruche. En règle générale, leur nouveau domicile est placé non loin de la maison, ce qui facilite la surveillance de la colonie.

Il existe plusieurs types de ruches. Le plus rustiques, et les plus anciennes, sont de simples troncs d’arbres évidés. Parfois, dans un souci d’économie, une ruche en planche est construite. Celle-ci copie la ruche tronc par sa forme, mais constituée de planches de bois, elle économise un arbre.

Autre modèle très répandu dans le Quercy la « bournaque », vannerie constituée en paille et ronce. Deux baguettes de bois permettent de fixer les rayons.

Ces deux dispositifs ont un inconvénient: ils contraignent l’apiculteur à tuer ses abeilles pour récolter le miel. L’ajout d’une calotte au XIXe siècle règle le problème.

A cette époque apparaît la ruche à cadres mobiles qui facilite encore le travail (ruche Dadant). Pour la récolte on procède de la façon suivante :

Une ruche moyenne pouvait produire jusque six kilos de miel par an.

A partir du XVIIe mais surtout du XVIIIe siècle, la canne à sucre importée depuis les colonies se substitue progressivement au miel. Ce dernier devient le sucre des pauvres. Néanmoins, la cire demeure un produit de luxe, chèrement vendu aux ciriers pour la fabrication des bougies et cierges d'église. Les populations rurales doivent se contenter de graisse animale, de mauvaise huile ou de suif pour s’éclairer.

Les abeilles, quant à elles font l’objet de tous les soins. La tradition populaire soutient même qu’il faille placer un morceau de crêpe noir sur chacune des ruches pour avertir du décès de leur propriétaire. Sans cette précaution d’usage, les insectes risqueraient de mourir.


LA CERAMIQUE

La terre argileuse est un des matériaux qui offre le plus de possibilités à celui qui la travaille. Suivant la qualité de la terre et sa composition, les formes et les couleurs varient.

Le Quercy n’est pas une région de forte production de récipients de terre. Toutefois, localement, certains gisements d’argile permirent de développer un certain commerce. C’est le cas de la région de Puy-l’Evèque ou d’Uzech-les-Oules. Ce nom évoque d’ailleurs la fabrication en série « d’oulos », ou pots de terre, qui demeurait encore importante au XIXe siècle. Ainsi des fours étaient implantés en divers endroits du département : Boissières, Livernon, Lacapelle-Marival ou encore Figeac.

Mais force est de constater que l’essentiel des pots, cruches à huile et pichets sont importés de plus grands centres. Les formes sont alors plus variées. Certaines pièces arrivent directement du Nord de la France, d’autres de la Chapelle-aux-Pots,: d’Espalion, Castelnaudary ou Vallauris.

Les formes s’adaptent naturellement aux différents usages traditionnels et régionaux.

Les larges cruches à huile de noix, souvent marquées par d’épais résidus, sont fermées par de lourds bouchons de bois et ornées de bandes verticales digitées par simple pression, du pouce.

Les pots à confits de toute taille sont aussi très répandus. Ils conservaient les pièces confites dans de la graisse pendant plusieurs mois.

Le « grézale » est une sorte de jatte avec ou sans oreille, pouvant être muni d’un bec verseur. Ce récipient servait à la confection de toutes les préparations à base de pâte.

Cependant, les potiers ne se contentaient pas de façonner et cuire des pièces d’usage domestique. Les épis de faîtage, venant couronner les, toitures, étaient également de leur ressort. Ces objets purement décoratifs étaient l’occasion pour l’artisan de déployer tout son art.

Ces différentes productions sont protégées très tôt par deux moyens. La glaçure est connue depuis l’Antiquité. Il s’agit d’une fine couche constituée pour renforcer l’étanchéité du pot et donnant un aspect luisant à l’objet. Développée en France surtout à partir du XIIe siècle, cette protection pouvait avoir une couleur verte, jaune ou ocre suivant les oxydes employés.

Lorsque l’on recouvre les récipients d’une terre de couleur différente, c’est l’engobe. Cette technique utilise la terre comme peinture.

Dans ce musée, vous trouverez enfin le tour du dernier potier d’Uzech-les-Oules, M. Aimé TERRY. Cet artisan travailla jusque dans les années 1950. Si les pots de terre sont désormais souvent remplacés dans les intérieurs, ils demeurent très recherchés comme pièces de collection ou d’ornementation. A travers une centaine d’exemplaires, toute la diversité des usages et des formes est ici représentée.


LE CUIVRE

Les ustensiles en cuivre constituent un investissement important. Bien souvent, c’est le seul que consentent à faire les foyers. Mais bien entretenus, les marmites chaudrons et autres bassinoires peuvent aussi se transmettre de génération en génération.

Le pays quercinois, s’il compte plusieurs martinets (gigantesques marteaux actionnés par la force hydraulique et destinés au travail du cuivre) n’est pas pour autant un gros producteur d’ustensiles de cuivre. En règle générale, le marché est occupé par les chaudronniers étameurs d’Aveyron, du Cantal et du Tarn. Dans le Tarn, la commune de Durfort est d’ailleurs très réputée pour sa fabrication de toute sorte d’objets en cuivre. Entre le XVIe et le XIXe siècle, elle connaît un âge d’or et inonde les régions limitrophes.

Depuis le Moyen Age, les modes de fabrication d’objets en cuivre ont assez peu évolué :

Par alliage du cuivre et du zinc, le chaudronnier travaille alors du laiton, de couleur jaune et beaucoup plus malléable.

La gamme des ustensiles fabriqués est large : calels pour s’éclairer; bassinoires, fontaines, poêles et casseroles, passoires, « flotsi » (pour le transport de l'eau), pompe à main ou même arrosoirs.

Toutefois, le chaudron et la marmite, par les nombreux usages qu’ils offrent, sont les pièces les plus courantes. Les bouillies, confits et préparations issues de l’abattage du cochon y sont cuites. Comme presque tous les instruments de cuisine constitués de cuivre, l’intérieur du récipient est étamé (recouvert d’un alliage à base de plomb et d’étain) de façon à éviter toute oxydation.

Après avoir utilisé les chaudrons, les femmes avaient soin de parfaitement les nettoyer avec des cendres et du sable. Certaines les ébouillantaient puis les rinçaient à l’aide d’un filet de vinaigre. Néanmoins, dans les régions où le cuivre était travaillé, c’était au mari, le chaudronnier, de rendre un aspect neuf aux récipients.


LE RACCOMMODAGE RURAL

L’une des dimensions essentielles de la vie rurale est l’économie qui entoure les objets, les outils ou le mobilier en général. Si avec le XXe siècle un relatif confort peut s’installer dans certaines campagnes, il n’est possible que dans la mesure où la plus grande attention est portée aux éléments du cadre de vie.

Ainsi, les objets ou outils détériorés sont le plus souvent localement réparés par des moyens de fortune. Seul ce qui devient irrécupérable peut être jeté. Il faut dire que dans la majorité des cas, les meubles outils ou objets domestiques font partie du patrimoine familial hérité sur plusieurs générations.

Autrefois, le bois composait l’essentiel des objets et outils des campagnes quercinoises. Il suffisait donc de remplacer un manche brisé ou une planche cassée par une pièce nouvelle qui pouvait être fabriquée dans le cadre de l’exploitation familiale. Avec la généralisation des armatures et pièces métalliques, fabriquées en fonderies ou taillanderies àu XIXe siècle, il devient nécessaire de souder ou de s’adresser au forgeron ou maréchal ferrant du village. Au XXe siècle, les premières machines et l’apparition des véhicules accentuent le souci de conserver les pièces, les mécanismes et rebuts qui pourraient resservir.

Le climat de crise des années 1930 conduisant les économies nationales à se refermer sur elles-mêmes renforce cette tendance : il faut garder et faire soit même ce que l’on ne doit plus acheter à l’étranger (l’outillage agricole surtout). Dans les revues de l’époque apparaissent les rubriques bricolage et « système D ».

Avec des fragments, on répare, on rafistole et pour les plus ingénieux et les plus habiles, on crée même de nouvelles machines ! C’est le « rapetassage ».

Cette pratique s’observe dans tous les domaines de la vie quotidienne : objets domestiques, poteries, meubles, jouets et autres. Mais c’est surtout au niveau de la mécanique et de l’outillage rural que s’exercent les plus extraordinaires mélanges.

Ainsi, les tracteurs sont trafiqués et conservés comme réservoirs de pièces. Ils font parfois l’objet de transformations pour pouvoir fonctionner en dépit des pénuries de carburant de 1939à1945.

Après la seconde Guerre Mondiale, certains vont même jusqu’à construire de leur propre main le tracteur de leur exploitation. Très souvent, ils sont réalisés à partir de voitures (moteurs de CITROËN ou de PEUGEOT) et mélangent divers organes de tracteurs existants. Au besoin, le forgeron produit une pièce manquante, un élément permettant à ces véhicules hybrides de fonctionner.


LE MACHINISME AGRICOLE -1-

Les témoins de l’évolution du machinisme agricole sont nombreux. Toutes les étapes du travail de la terre sont déclinées par un outillage de plus en plus spécialisé.

Face à cette diversité, il faut ajouter le rôle parfois considérable du génie réparateur rural conduisant les agriculteurs à modifier les outils d’origine.

Les variantes ont des causes multiples : simple réparation de fortune, recréation complète de la machine par imitation ou adaptation au terroir d’usage. L’achat de matériel est une démarche importante car elle revient cher et pèse momentanément sur l’exploitation.

Ces interventions mécaniques sont d’ailleurs parfois l’oeuvre du forgeron de la commune, lorsque celle-ci est trop éloignée du centre de production de l’appareil. Cette pratique est souvent beaucoup moins coûteuse et peut être considérée comme la première étape du glissement du métier de forgeron à celui de mécanicien.

Tout au long du XXe siècle, la modernisation des techniques agraires s’est accélérée. Partout en France, les remembrements successifs ont d’ailleurs favorisé cette évolution. Désormais, les machines sont à l’échelle de vastes terres destinées à la monoculture.

Les nombreux témoins de cette mécanisation demeurent cependant dans les campagnes. Ceci se vérifie notamment dans la région quercinoise où les conditions particulières liées à l’environnement (conservation de petites parcelles) et aux pratiques agricoles ont contribué à la conservation de ces pièces. En effet, la mécanisation a été tardive. Longtemps, l’usage a été de racheter d’occasion le matériel de grandes exploitations d’autres régions de France. La transmission d’un outillage obsolète entre générations a crée des legs encombrants.

Dans certaines granges, au fond de quelques champs, d’anciennes charrues, des râteaux, des rouleaux ou des semoirs terminent leur carrière à l’abandon. La collecte de ces exemplaires a commencé dans les années 1980. II s’agissait alors d’expériences menées par des collectionneurs.

Le Conseil Général du Lot poursuit aujourd’hui la collecte de certains témoins de l’évolution de l’agriculture, premier secteur historique d’activité a travers le département.


LE MACHINISME AGRICOLE -2-

A partir de la deuxième moitié du XIXe siècle, les tentatives de mécanisation d’un certain nombre de tâches agricoles se multiplient. Les concours et exhibitions sont autant d’occasions pour les inventeurs et jeunes industriels de démontrer leur savoir-faire.

Cependant, en Quercy, il faut attendre les premières décennies du XXe siècle et les lendemains de la Grande Guerre pour bénéficier de ces instruments. Certes, depuis 1850, le rouleau de pierre a remplacé le fléau. Mais jusqu’en 1914, localement les moissons se font encore suivant les modèles traditionnels : à la faucille.

Le premier temps fort intervient toutefois vers 1860 : l’araire cède la place à la charrue Dombasle, dont les labours sont plus profonds. Puis, vers 1920 la charrue Brabant semble s’imposer. Enfin, petit à petit, les moissonneuses-javelleuses et les moissonneuses-lieuses font leur apparition.

Au début, ces machines possèdent un timon pour être attelées à une paire de bœufs, ou des brancards si l’exploitant possède un cheval. Plus tard, ces systèmes sont adaptés à la traction mécanique. Les innovations se succèdent et â chaque étape du travail correspond son instrument.

 Les différentes herses permettent de briser les mottes d’un terrain. Les semoirs se perfectionnent pour finalement devenir des machines à atteler. Le rouleau plombeur tasse le sol pour faciliter l’enracinement des graines. Plus tard, le distributeur d’engrais fait son apparition. L’usage de la vapeur et par conséquent le développement d’énormes batteuses est un progrès apprécié de tous. Le battage est en effet long, fatigant et demande de la main d’œuvre.

La faucheuse; la faneuse et le râteau attelé sont employés pour les diverses étapes de la fenaison.

Ainsi, de multiples marques font leur apparition dans le paysage agricole français : PILTER, DEERING, INTERNATIONAL HARVESTER, ...

Les Etats-Unis, forts d’une agriculture constituée de très grandes exploitations sont à l’origine de nombreuses innovations. Leurs produits sont importés massivement et assemblés en France pour certains.

Ceci n’empêche pas le développement de produits d’origine hexagonale encouragés par l’Etat. français. Ces marques, plus ou moins importantes ont laissé leur nom : BAJAC (pour les charrues), VERMOREL (pour la mécanisation légère des fermes et exploitations agricoles), LATIL (tracteurs et équipement), BAUCHET (production de moteurs) et bien d’autres.

Ce mouvement, important pour l’amélioration des conditions de travail de la terre, s’accompagne d’une évolution générale des instruments d’équipement de toute l’exploitation. L’ensemble du matériel de la ferme et celui de la vie domestique tend à se moderniser progressivement.


LES CULTURES SPECIALISEES

Malgré l’importance des cultures céréalières, le Quercy demeure une terre de polyculture. La diversification des productions est en effet un moyen de garantir l’autosubsistance de la communauté, voire de bénéficier d’un petit apport financier supplémentaire grâce aux marchés.

En Quercy, son apparition pourrait remonter à l’Antiquité, mais son véritable essor se produit au Moyen Age. La plupart des exploitations agricoles possèdent quelques rangs de vigne pour produire l’équivalent de la consommation domestique annuelle.

La vigne s’adapte parfaitement aux versants pierreux et secs où il n’est pas envisageable de cultiver des céréales. Cependant, elle se développe de façon importante autour des villes où les marchés doivent alimenter tous les citadins. En basse vallée du Lot la culture de la vigne s’intensifie petit à petit. La tâche est souvent pénible compte tenu de l’implantation des parcelles, de la nature très pierreuse des sols et de l’outillage (serpette jusqu’au XIXe, bident, récoltes portées à dos d’homme, ...). Par endroit, le terrain est si pentu que seul un cheval bâté peut porter une cuve à sulfater : les chariots ou citernes risqueraient de verser.

La viticulture, au cours des siècles, a profondément marqué le paysage local.

Peu cultivé dans le Quercy avant la Révolution, sa culture est étroitement réglementée. C’est l’une des rares cultures que l’exploitant produit à destination du marché. Une fois séché, haché et conditionné, il constitue un apport financier appréciable.

Ce sont les fruits les plus répandus en Quercy. Le Lot est, en volume, le plus gros producteur de noix au XlXe siècle. Elles servent à la production d’huile alimentaire et pour l’éclairage. Les châtaigniers remplaçaient de leur côté les céréales inadaptées à certains terroirs. Dans le cadre domestique, ils nourrissent hommes et bêtes durant des siècles et chaque fois que la récolte est mauvaise.

Très tôt, les prunes sont cultivées, ramassées et séchées pour être vendues. Mais le plus souvent, elles sont consommées fraîches ou transformées en eau de vie. Spécificité locale, la culture de la fraise est implantée dans le Lot à la fin du XlXe siècle. Elle alimente les confitureries du département et le marché parisien. Son ramassage est uniquement l’affaire de femmes : « les fraiseuses ».

Autrefois, la cueillette s’effectuait sur les terrains communaux. Au XIXe siècle, des truffières sont créées, entretenues et considérées comme propriétés privées. L’apogée de cette production est atteinte au début du XXe siècle, lorsque les vignerons touchés par le phylloxéra se reconvertissent dans la truffe. La récolte est faite en hiver à l’aide de cochons ou de chiens dressés. Le marché dé Lalbenque demeure aujourd’hui l’un des plus réputés.


L‘ATTELAGE

    Pour le travail des champs ou pour le transport des produits de l’exploitation agricole, la première source d’énergie était animale. Les bœufs sont au départ les animaux les plus employés. Mais petit à petit, l’usage des ânes, mulets et chevaux se répand. Malgré tout, les attelages bovins demeurent les plus courants en Quercy pour deux raisons essentielles: leur entretien est moins coûteux et leur harnachement beaucoup plus rudimentaire que pour des chevaux.

Ainsi, l’usage traditionnel du joug s’est perpétué. Il en existe de plusieurs sortes. Aux jougs simples ou doubles s’ajoutent les jougs de foire (qui permettent de séparer les bêtes attelées), des jougs enjambeurs (pour le travail entre les rangées de vigne), des jougs réglables et d’autres d’apprentissage (une jeune bête peut être placée entre les eux autres).

Le principe d’utilisation est simple et se base sur la puissance de traction exercée à partir du front et des cornes du bœufs. Le jougier, qui était soit un artisan itinérant, soit un paysan habile se mettant au service de ses voisins, réalisait chaque pièce sur mesure. La forme du cou, la nature des bêtes employées, l’équilibrage de l’attelage sont autant de composantes nécessaires à la fabrication d’un joug adapté. Le terroir est une autre donnée à prendre en compte : un terrain accidenté ou une terre lourde demanderont un matériel plus pais et solide qu’une exploitation de plaine.

L’évolution des modes d’attelage a connu de nombreuses étapes. Dans les cas les plus simples, l’animal est bâté. Il porte alors la charge sur son dos. Mais c’est surtout apparition du collier d’épaule qui constitue un véritable changement.

Jusqu’alors, le collier appuyé au garrot était une gêne pour l’animal. Le collier épaule, plus bas, permet d’exploiter plus largement la puissance du cheval.

Autre mode d’attelage, la bricole est un réseau de lanières de cuir constituant un harnachement du poitrail. Il est employé en cas de blessure au garrot. La sellette sert de soutien dorsal et les traits et avaloirs souples permettent de reculer et tirer la charge. Ce dispositif, en plus de la bride demande un entretien important et un soin particulier.

Les progrès en matière d’attelage sont aussi le fruit de l’évolution des différentes Charrettes ou du matériel agricole. Dans les systèmes précédemment décrits, des efforts notables étaient faits en matière d’ornementation et de personnalisation des outils (décors, sculptures, couleurs, sonnailles, ...).


L’ESPACE DU FEU

    Le foyer, cantou en occitan, en temps que désignation de l’aire domestique, souligne en lui-même l’importance de la place du feu à la maison.

Chaque maison rurale est équipée d’une cheminée qui, par sa taille et son importance, structure la pièce principale de la demeure et les diverses pièces autour. Le foyer adossé, appuyé le long d’un mur, est une invention du Moyen Age. Par la suite, il évolue en cheminée engagée, partie intégrante du mur de la maison.

Le cantou occupe donc presque toute la largeur de la pièce. A l’intérieur, et autour du foyer se trouvent des bancs pour se chauffer ou des coffres â sel. L’usage traditionnel confère une multiplicité d’emplois à la cheminée :

De fait, nombreux sont les usages domestiques dérivés du feu. Une marmite est souvent laissée sur le feu pour avoir à tout moment de la journée de l’eau chaude. Le principe est le même pour le café d’orge. La cuisson des repas dépend de cette cheminée.

Les chaudrons y sont suspendus, les viandes grillées ou cuites à la broche, les daubières et autres cocottes mijotent lentement dans les braises. Ces braises sont également employées pour les fers à repasser, qui équipent toutes les maisons quercinoises depuis le XVIIIe siècle, et les moines et bassinoires qui réchauffent les lits. Elles peuvent aussi être réparties dans des chaufferettes et réchauds individuels. Veiller le feu est donc important.

L’éclairage fait souvent défaut dans les propriétés quercinoises, avant l’électrification dans les années 1930. Les épais murs de pierre et les petites fenêtres laissent la demeure dans la pénombre une grande partie de la journée. L’éclairage est donc complété par des calels à plusieurs mèches alimentés à l’huile de noix. Puis viendront les lampes à alcool et à pétrole.

Enfin, les poêles et cuisinières apparaissent progressivement et remplacent les longs foyers salissants à la chaleur insuffisante. Malgré tout, ces nouveaux équipements sont installés en priorité dans l’ancienne cheminée.

Par ailleurs, dans le village, c’est également près du foyer de la forge que les hommes se regroupent. Il y fait chaud l’hiver et l’on y échange les nouvelles. Du foyer domestique à celui, de l’artisan, de la locomobile aux lanternes de processions, cet espace est le lieu de présentation des objets communs liés au feu dans le monde rural.


LA VANNERIE

La vannerie occupe dans l’artisanat rural une place toute particulière. Les paniers et autres corbeilles sont très nombreux dans l’environnement domestique de l’exploitation agricole. En effet, la vannerie peut être pratiquée et transmise dans le cadre familial, être un revenu d’appoint, ou le produit d’un artisan sédentaire ou nomade.

En 1467, Louis XI organise la profession. A la fin, d’un apprentissage de six ans, un jeune artisan pouvait espérer ouvrir un atelier pourvu qu’il ne se trouve pas à moins d’une lieue et demi d’une forêt. Jusqu’au début du XXe siècle et à la différence d’autres artisanats, la fabrication des paniers n’est pas mécanisée.

Les végétaux utilisés sont multiples et varient suivant la région. L’osier, rouge, jaune ou vert est parmi les plus employés. Mais on trouve également du saule, du jonc, du chêne, du noisetier, de la paille, ou du châtaignier. Ces deux derniers constituent l’essentiel de la matière première du Quercy, le seigle étant massivement cultivé et le châtaignier, présent dans le Ségala.

Les vanneries traditionnelles sont faites d’un travail d’éclisses de ronce et de paille de seigle. Une fois ces deux plantes ramassées à la faucille et à la serpette, elles sont conditionnées pour un séchage d’environ une année avant d’être tressées. Fendoirs, couteaux, poinçon et banc d’écorçage sont utilisés pour faire des tiges ramassées, les éclisses prêtes à être utilisées.

Pour les plus pauvres, ce travail resta longtemps un revenu d’appoint. En plus de la production pour ses propres besoins, l’agriculteur pouvait aller vendre au marché les paniers fabriqués durant les veillées hivernales.

Cette production était variée car nombreux étaient les objets en vannerie. Outres les paniers, corbeilles et énormes vanneries de grenier, le vannier fabriquait des berceaux, des hottes de vendangeurs, de larges paniers pour les fruits, des fauteuils.

En 1798, la création des chapeaux de paille fit son apparition dans la commune de Septfonds. Cette « industrie » resta prospère jusqu’à la première partie du XXe siècle. En 1914, ce sont toujours les femmes, de la région alentour qui y travaillent. Les pailles sont préparées, tressées puis cousues ensembles et ornées. Cette production gagna la ville de Caussade grâce au chemin de fer.

Toutefois, l’apparition de nouveaux matériaux comme le métal, le carton et plus tard le plastique, a conduit rapidement au déclin de cet artisanat. Malgré l’existence de quelques écoles en France où l’on transmet l’art de la vannerie, il n’existe presque plus de vanniers professionnels dans le Quercy.


LE SCIEUR DE LONG

Bien avant le menuisier, le charpentier ou l’ébéniste, le premier artisan du bois est le scieur de long. Sur des chantiers itinérants il prépare le bois suivant la commande de ses clients. Les étapes qui font d’un arbre la matière d’un meuble sont en réalité très nombreuses.

Tout commence par l’abattage en forêt (entre octobre et avril), opération délicate car elle nécessite de bien diriger le tronc lors de la chute. Ce dernier ne doit pas abîmer d’autres arbres sains et doit chuter en position propice à son dégagement. Autrefois, on utilisait pour cela la hache, au fer large, et la cognée plus étroite. La direction de la chute est donnée par une série de coins placés dans le tracé de la scie.

Une fois cette opération réalisée, sur place on pratique le façonnage: ébranchage, écimage, tronçonnage, l’arbre est alors appelé grume. Toute une série d’outils plus légers sont utilisés. Le tourne-bille est un long manche articulé avec un crochet pour retourner le bois. La serpe sert au débroussaillage et à l’ébranchage. Quant à la scie passe-partout, longue lame comprise entre deux poignées, elle permet. à deux hommes de tronçonner la pièce.

Si avant la Première Guerre Mondiale, les tronçonneuses trop lourdes étaient maniées à deux, elles permettent aujourd’hui de réaliser sans peine l’abattage et le façonnage..

Etape suivante, l’équarrissage, toujours sur place. La grume est débarrassée de son écorce et de l’aubier. Découpée de manière rectiligne à l’aide du fil à plomb, d’un compas et d’un cordeau noirci à la cendre, elle est maintenant de section rectangulaire. Dès ce moment, toutes les billes de bois sont rassemblées en un lieu d’où elles seront extraites pour partir en scierie. C’est le débardage. Un attelage de bœufs ou chevaux tirait les pièces de bois suspendues sous un chariot dit fardier ou trinqueballe. Depuis, des tracteurs très puissants ont été mis au point pour ce travail.

Sur les chantiers, les scieurs de long travaillaient toujours à deux. Le premier « le chevrier », car monté en haut de la chèvre (sorte trépied), guidait la scie à cadre. Le second ou « renard » restait au sol et tirait la scie. Ils pouvaient donc assurer l’abattage et l’équarrissage. Mais certaines représentations du XIIIe siècle attestent des tentatives d’utilisation de l’énergie hydraulique. A partir du XVIIIe siècle, certaines expériences utilisent la vapeur, puis le moteur à explosion à la fin du XIXe siècle.

Il est vrai qu’en plus d’être pénible, ce travail exige une grande précision. Il s’agit de couper la grume sur toute sa longueur, aussi régulièrement que possible, sans perte et sans défaut. Ainsi, le travail sur la chèvre est remplacé par un travail sur chariot dit banc de sciage. Celui-ci entraîne mécaniquement la grume vers la scie. C’est alors que se développent les scies à ruban (fin du XIXe siècle). Ces lames sans fin sont, entraînées par des volants. Parallèlement, la scie circulaire, pour les petites pièces de bois, se répand vers la même époque.

Le bois prêt, il ne reste qu’à partir vers l’atelier de l’artisan où après séchage, il sera utilisé.


LES PRESSOIRS

Qu’il s’agisse d’olives, dé noix ou de raisins, les techniques de presse sont connues depuis l’Antiquité. Les Grecs conçurent le dispositif du pressoir à levier. Les Romains, quant à eux, sont à l’origine du système à vis actionné par une barre de serrage. Au cours des siècles, ces diverses techniques se sont perfectionnées, et petit à petit, les pièces de métal sont venues remplacer celles de bois.

Le principe est celui d’une énorme poutre exerçant une pression verticale. Au départ, sa descente progressive était actionnée par des poids. Plus tard, le tout fut remplacé par une vis à l’extrémité. Une fois le produit à presser versé dans le cuveau et recouvert d’une plaque, la cale maintenant la poutre était retirée. Cette dernière, en descendant, faisait tourner la vis et écrasait les fruits. Une fois la poutre redressée, on pouvait exercer une seconde pression. L’inconvénient d’un tel instrument est évidemment sa taille. II est construit dans une pièce qui lui est dédiée et n’en bouge plus.

Il est d’un encombrement réduit, son système de serrage est efficace (seuls deux hommes sont nécessaires) et son plateau de serrage est facile à soulever. Il était entièrement réalisé en bois. Au XIXe siècle, les vis étaient faites en érable de Montpellier, l’agar des causses du Quercy. Mais petit à petit, les pièces métalliques, dont la vis, se multiplièrent. Certains bâtis sont aujourdhui en fonte.

Le pressoir moderne, reprenant ce principe, est installé sur une table, ou maie, et possède une claie circulaire pouvant être élargie suivant l’importance de la récolte à presser. Il est à noter que ce modèle a inspiré la création de nombreux petits pressoirs domestiques absolument identiques, destinés à écraser les fruits pour les gelées, confitures et autre jus de viande.

Afin d’écraser les cerneaux de noix, il existait des moulins à meule verticale. Le mode de fonctionnement était toujours le même. Un âne, une mule ou un cheval était attelé à un bras horizontal en prise directe avec la meule. En faisant avancer la bête, souvent le rôle d’un enfant, la meule venait écraser les cerneaux sur son chemin. De l’autre côté de l’axe, une raclette ramassait la pâte, la recentrait, et empêchait par la même occasion l’animal harnaché de se servir au passage.

L’huile fournit à la population à la fois de quoi assaisonner les plats et de l’éclairage pour les maisons. La première étape consiste à placer les cerneaux dans le moulin à écraser. Il en ressort une pâte qui est chauffée dans de grandes poêles une vingtaine de minute. Lorsqu’elle est cuite, la pâte est placée dans la cuve du pressoir. La meilleure qualité est obtenue au premier pressage. Le deuxième donne l’huile de repasse, très forte, et parfois utilisée en pâtisserie (pour corser le goût).

Les noix abîmées donnent un liquide utilisé comme combustible pour les calels. Quant aux tourteaux, amas de pâte de noix restant après pressage, ils sont conservés pour l’alimentation des animaux domestiques.


LE MOULIN - LA BOULANGERIE

Le moulin désigne l’ensemble des mécanismes permettant de broyer ou d’écraser un produit. Il en existait pour le textile, dans la métallurgie ou le papier. Mais la référence demeure souvent le moulin à céréales.

Le meunier occupe dans le monde rural une place déterminante. Il lui incombe de transformer les grains que lui apportent les familles d’agriculteurs en farine. Les moulins sont donc nombreux. Dans la région, ils sont bâtis en pierre. Sur les causses et les hauteurs, ils fonctionnent à l’aide du vent. Seule la toiture pivote alors pour attraper ce vent. Ailleurs, ce sont surtout des moulins à eau que l’on observe. Dans le cas présent, c’est un moteur thermique monocylindre de 1928 qui entraîne l’axe et ses nombreuses poulies.

Le grain est versé dans la trémie (collecteur triangulaire) et conduit par l’augette jusqu’aux meules. La meule du bas ne bouge pas : elle est dite dormante, est striée et sa forme est légèrement convexe. Celle du haut, ou courante, est concave. Aux deux tiers du rayon, l’intervalle qui les sépare est inférieur à la taille du grain de blé : la mouture commence. A 1’arrivée, on obtient la boulange farine qui, après un tri, est prête à être utilisée.

La meunerie consiste donc à alimenter et surveiller les meules et le blutoir, réceptionner les céréales et mettre en sac la farine. Enfin, il faut tenir à jour les comptes et les registres.

Pour éviter toute usure de la surface des meules, le repiquage est effectué régulièrement à l’aide du marteau de moulin : les rebords des stries sont aiguisés pour attaquer de nouveau le grain. Souvent, le meunier est payé en nature, et les clients rentrent chez eux ou au village pour cuire le pain.

Les fours ont une voûte entièrement constituée de petites briques réfractaires et recouverte d’une épaisse couche de sable pour conserver la chaleur. Dans beaucoup de maisons la place du fournil est prévue. Pour les autres, il reste le four du village, le four banal.

Autrefois, le boulanger quercinois façonnait des tourtes de 5 à 10 kg qu’il fallait cuire durant trois heures. Le pétrissage, travail particulièrement pénible est facilité au XIXe siècle par l’apparition des premiers pétrins mécaniques. Après un temps de repos pour la fermentation, la pâte est découpée en petites unités pesées et déposées dans des panetons de vannerie recouverts de tissu.

A l’aide d’une longue pelle, les patons sont enfournés, cuits à chaleur constante puis défournés. A la maison, les grosses tourtes pouvant se conserver de nombreux jours sont posées sur un râtelier fixé au plafond. Cette précaution évite que des rongeurs comme les souris, pré1sentes dans les granges voisines, ne viennent s’attaquer au pain.

Ce dernier, trempé dans la soupe, constitue longtemps la base du repas paysan à travers toute la campagne du Quercy.


LES PETITS ARTISANS RURAUX

Dans une région fortement rurale, le village a longtemps occupé une place de centre fabrication, de rencontres et d’échanges. Jusqu’aux dernières années du XIXe siècle, une grande partie de la production d’outils et du matériel domestique est assumée par des artisans spécialisés qui alimentent les besoins des nombreux agriculteurs.

Or pour faire fonctionner cette économie locale, la gamme des artisans se décline largement, même dans les plus petites communes. Tous se connaissent et sont liés tant par le travail de la matière première, que par leur intervention successive dans les différentes étapes de fabrication des objets.

Ainsi, le forgeron peut avoir régulièrement recours au cloutier, le maréchal ferrant vient assister le charron, les menuisiers et charpentiers sont en rapport comme le bourrelier et le tanneur. Ces liens étroits sont aussi présents dans leS métiers du textile où l’éleveur fournit la laine nécessaire aux fileuses ou aux cardeurs.

L’artisanat constitue donc tout un réseau de sociabilité à travers le village. Tous travaillent pour les besoins du paysan et alimentent en outre les marchés. La forge où le moulin, comme le lavoir pour la maîtresse de maison, sont des lieux de rencontre et d’échange de nouvelles et d’informations.

Mais à côté de cet artisanat professionnel, nombreux sont les artisans itinérants, parcourant, les villages en hiver durant les périodes creuses du travail de la terre. Certains deviennent des spécialistes de cette pratique, s’installant provisoirement dans le voisinage des ateliers sédentaires. Parmi les professions les plus représentées on compte les rémouleurs, les rempailleurs et chaisiers ou les étameurs.

Cette pratique rejoint celle exécutée dans le cadre domestique durant les veillées hivernales. A cette époque, l’agriculteur occupe ses loisirs à fabriquer les objets dont son exploitation à besoin, et s’il est habile, des produits qu’il vendra à ses voisins ou sur le marché. C’est ainsi que certains fabriquent des « pailhassou » (petites vanneries), des sabots ou même des râteaux.

Ce sont le tour de main et l’habileté qui identifient l’artisan professionnel dont l’apprentissage, à la différence des saisonniers, s’étale sur plusieurs années. L’exploitant agricole apprécie le savoir faire autant que le rapport de bon voisinage.

Le village produit donc l’essentiel des objets dont il a besoin. Toutefois, l’apparition des. manufactures et des petites industries au XIXe siècle porte préjudice à cette organisation. Petit à petit, les catalogues et les produits issus des quincailleries et taillanderies rendent obsolètes de nombreux petits métiers. Les villes sont de nouveaux marchés où chacun peut s’approvisionner en produits plus variés et souvent moins coûteux.


LES BOUILLEURS DE CRU ET LA DISTILLATION LOCALE DES ALCOOLS

La distillation est l’opération consistant à obtenir de l’alcool de toutes les matières sucrées et fermentées (fruits ou jus de fruits). Il était d’usage courant autrefois, en plus de la production de vin, de fabriquer son propre alcool. Dans le Quercy, il s’agissait pour l’essentiel :

Le bouilleur de cru est un exploitant agricole qui distille chez lui les fruits de sa récolte. Toutefois, en règle générale, le producteur amène le produit à traiter au bouilleur ambulant.

Cet artisan n’est officiellement qu’un loueur d’alambic ambulant, autorisé à produire de l’alcool pour le compte des bouilleurs de cru. Avec son lourd alambic de cuivre attelé à un cheval, plus tard à un tracteur, il se rend de commune en commune à l’atelier publique. Chaque village en possède un. Entre le 30 septembre et le 30 avril, dates légales retenues dans le département du Lot, on y distille toute la journée. Le bouilleur est nourri par ses clients.

Il est assez simple et constitue la première réaction chimique connue. Dans la chaudière à double fond, on place la matière à distiller. Sous cette chambre, le foyer est étroitement surveillé. La qualité de l’alcool dépend aussi d’une cuisson régulière. Un tableau de correspondance établit la chaleur à atteindre suivant le degré d’alcool souhaité. On peut ainsi obtenir des taux situés entre 40 et 95° d’alcool. Les vapeurs qui se dégagent circulent dans le serpentin contenu dans le réfrigérant. Le changement de température transforme les vapeurs en liquide, alcool lui-même, qui s’écoule à l’extrémité du serpentin.

Les alambics sont réalisés en cuivre car ce métal n’est pas attaqué par la réaction de distillation, et ne communique pas d’odeur.

Dès le Moyen Age, la production d’eau de vie se répand à travers toute l’Europe. Ce terme d’eau de vie est issu des vertus curatives que l’on prêtait à cet alcool : il prolongeait la vie des vieillards. De telles croyances se sont perpétuées. Un verre d’alcool combat les faiblesses passagères, en friction il stimule les organes vitaux et il est utilisé pour nettoyer les plaies. Lorsqu’il atteint 90°, il peut être utilisé en frictions pour le bétail, par exemple pour aider une vache après un vêlage.

Jusqu’au 1er septembre 1960, les propriétaires avaient le privilège de pouvoir produire gratuitement, à partir de leur récolte, de l’alcool pour leur famille. A cette date, ce droit fut déchu de son caractère transmissible. De ce fait, les bouilleurs de cru et bouilleurs ambulants sont condamnés à disparaître et leurs alambics percés. Dans la commune voisine de Sauliac-sur-Célè, le dernier bouilleur de cru a exercé entre 1934 et l 978.


LE TRAVAIL A FERRER

Sur de nombreuses places de village se trouve encore le « travail banal ». Cet instrument collectif était l’un des outils du maréchal ferrant. Dans ce bâti de bois et de métal, les exploitants agricoles menaient leurs animaux de trait à ferrer : vaches et bœufs pour l’essentiel.

Le système est simple. Les deux pans de bois constituent une sorte de corridor dans le lequel la bête est maintenue et entravée dans ses mouvements.
Le travail se déroule alors de la façon suivante :

Le maréchal est un homme indispensable au bon fonctionnement de la communauté villageoise. Il ferre surtout les animaux de trait et il existe un nombre incalculable de sortes de fers. Tous sont conçus pour protéger le sabot et décupler la force motrice de l’animal en lui offrant une meilleure adhérence au sol. Mais durant une longue période, le maréchal ferrant est également le seul à pratiquer la médecine animale. Ses fers tiennent compte des déformations et habitudes de marche des animaux. Par des fers orthopédiques, il corrige les défauts préjudiciables.

Il fait enfin office de forgeron, répare le matériel agricole, les outils divers, ferre les roues et fond à la demande. Nombreux sont aujourd’hui les villages à mettre en avant leur travail à ferrer entre lavoir et calvaires, symboles du petit patrimoine.


L’OUTILLAGE A MAIN

Les étapes entre la préparation du sol et la récolte sont nombreuses. Le travail de la terre au sein de l’exploitation familiale est une tâche pénible et partagée par toutes les générations. C’est cette solidarité, étendue au voisinage plus ou moins proche au moment de la moisson et du battage, qui garantit la survie de la communauté villageoise.

Mais si la rudesse de ces conditions est due en partie à la pauvreté de l’outillage, c’est aussi une conséquence directe d’un environnement austère et difficile à travailler.

Les petits exploitants ne disposent que de faibles moyens et évitent tout investissement important, si ce n’est peut-être pour la terre. Les sols sont difficiles à travailler : la terre est souvent sèche et entraînée par les vents, les sols sont pierreux et bien souvent les parcelles sont en pente. Par ailleurs, la taille moyenne des exploitations est restreinte. Tous ces facteurs expliquent donc la permanence de l’utilisation de nombreux outils manuels.

Ils sont légers et peuvent donc être transportés par un homme. Pour beaucoup, seule. la partie métallique fabriquée par le forgeron ou commandée en taillanderie a été achetée. Presque tous les agriculteurs conçoivent les manches de leurs instruments avec le bois de leur environnement direct. Quant au forgeron, la connaissance des terroirs et des usages locaux lui permettent de créer ou d’adapter des outils sur mesure.

Ainsi, les objets fondamentaux sont la houe, pour bêcher la terre, la faucilles pour moissonner, la serpe pour tailler et le fléau, pour battre les épis. Mais toute cette gamme peut être déclinée en un grand nombre d’exemplaires.

La houe et la bêche, utilisées pour sarcler la terre, se manient différemment. Les sarcloirs destinés à nettoyer les mauvaises herbes adoptent diverses formes et se spécialisent parfois : l’échardonnoir (pour les chardons). Pour l’entretien de sa faucille, le moissonneur est toujours équipé d’un coffin, sorte d’étui à la ceinture, contenant une pierre a aiguiser Les serpes a tailler les arbres se distinguent de celles employées pour la vigne…

Certains instruments franchissent les générations, sont légués ou même améliorés à mesure. D’où les difficultés pour dresser une typologie précise de tous ces outils manuels. Suivant la terre, les usages, les cultures ou les appellations, il est difficile de retrouver avant l’ère industrielle deux outils identiques. Ce sont aussi les réticences des paysans qui maintiennent trop souvent un outillage rudimentaire a travers les siècles.

II faut en effet attendre la moitié du XIXe siècle pour observer une mutation de l’outillage. Le développement des instruments attelés correspond a une première étape de cette mécanisation progressive des taches les plus rudes.


LES TRACTEURS

En France, jusque dans les années 1850-1860, l’énergie animale est quasiment la seule employée pour le travail agricole. Les chevaux, dans les riches et grandes exploitations, mais ailleurs les bœufs et vaches continuent de tirer les charrues, charrettes et divers instruments, aratoires.

            A partir de cette époque, et pour suivre le modèle anglais, les premières expérimentations de matériel à vapeur voient le jour. Toutefois, il faut encore attendre le début du XXe siècle pour voir se développer les tentatives de mécanisation des instruments agricoles. Ce n’est qu’après la Première Guerre Mondiale que l’essor des tracteurs devient important. En effet, il s’agit alors de trouver un moyen de remplacer toute la main d’œuvre disparue et de reconvertir l’ensemble d'une économie mobilisée par le conflit (production d’engins lourds comme les pièces d’artillerie, les automobiles ou les chars).

La collection présentée ici regroupe des exemplaires produits entre les années 1920 et 1960 pour les plus récents. Beaucoup proviennent de l’étranger (USA, Grande Bretagne ou Canada) mais certains sont assemblés en France. Des producteurs français s’illustrent d’ailleurs comme RENAULT, dont certains modèles remportent un grand succès. Ces fabriquants ne doivent pas pour autant masquer la multitude de petites marques qui cohabitèrent un temps avant de disparaître : Enfin, nombreux furent les agriculteurs assez habiles pour récupérer des pièces et des moteurs afin de créer leur propre instrument de travail.

Parmi les modèles exposes, rares sont en effet ceux qui demeurent en tout point identique à leur sortie d’usine !

Une certaine évolution se dégage à mesure du perfectionnement des engins agricoles. Le RENAULT PE est lourd et se maniait de préférence à deux l’un conduisait l’autre guidait la charrue. Ces tracteurs étaient utilisés en poste fixe pour entraîner d’autres machines. Puis apparaissent les treuils ou la possibilité de monter des outils optionnels sur le tracteur (barre de coupe) Les chenilles sont vite remplacées par des roues pneumatiques et le système row crop, train avant à une roue ou deux serrées, est peu prisé en France.

Le département du Lot, compte tenu de la petite taille de ses parcelles, des reliefs et de la faiblesse des moyens de ses exploitants, connaît un retard certain dans la mécanisation des travaux agricoles. Les tracteurs sont dans un premier temps rachetés d’occasion aux grandes exploitations de la Beauce ou de la Picardie.

Le matériel le plus adapté est alors constitué de petits tracteurs assez légers, maniables, et de faible coût. Ceci explique le succès rencontré par les modèles types « Farmall Cub » ou « Pony ». Faciles à manœuvrer, ils permettent de pénétrer dans les champs bordés de murets de pierres sèches, de se retourner quasiment sur place et d’emprunter d’étroits sentiers.

Très vite les modèles se spécialisent et s’adaptent à des usages particuliers. Sont exposés ici des tracteurs d’usage agricole, destinés au débardage forestier ou à pousser les wagons.


LES VEHICULES RURAUX

Au sein des exploitations agricoles, les charrettes à deux ou quatre roues assument la majorité des transports de matériaux et produits durant de nombreux siècles. Dans le Quercy, les deux roues dominent. Plus stables et maniables, elles présentent l’inconvénient d’être trop légères. Pour les équilibrer, il suffisait de les appuyer sur le timon ou les brancards qui constituaient l’attelage.

Les chariots agricoles se déclinèrent en de très nombreuses formes. Néanmoins, deux d’entre-elles dominaient largement :

Comme dans la majorité des régions de France, le réseau des routes et chemins quercinois est longtemps demeuré difficilement praticable. Les chemins empierrés ou sentiers de terre pouvaient devenir périlleux en cas de pluie abondante.

Toutefois, la nécessité d’aller vendre, sa production au marché voisin permit d’améliorer progressivement ce réseau. Par ailleurs, les moyens de transport durent s’adapter à la nécessité du commerce et du transport des hommes et des marchandises sur de longs kilomètres. Les petits chariots tirés par des mules ou des ânes vers les marchés locaux cédèrent la place progressivement à des véhicules plus modernes.

Ces anciens équipages dépassaient en effet rarement les 3 ou 4km/h. Les premières automobiles apparurent naturellement en ville. Après les maisons bourgeoises, elles équipèrent les commerces. Leur multiplication fut une des raisons de l’amélioration du réseau routier. Durant la première moitié du XXe siècle, les automobiles devinrent de plus en plus nombreuses. Les bétaillères, la boulangère ou la maraîchère, présentes sur le site de Cuzals, sont autant de témoignages d’une époque durant laquelle les contacts entre ville et campagne s’intensifièrent. Les exploitants agricoles éleveurs viennent apporter leurs produits sur le marché de Cahors ou de Figeac. Certains commerçants passent approvisionner les villages comme l’illustrent les pièces exposées, ces véhicules furent très nombreux à finir comme rebuts abandonnés au fond de quelque champ.


LA LOCOMOBILE

Les locomobiles ordinaires sont de simples moteurs à vapeur pouvant entraîner divers engins à l’aide d’une courroie. Apparues en Grande Bretagne et aux Etats-Unis dès 1830, il faut attendre encore une vingtaine d’années pour voir ces machines se répandre dans les campagnes françaises. Au début du XXe siècle, la locomobile est pourtant devenue indissociable de l’image du battage.

Les modèles les plus anciens ont un foyer vertical et dans un deuxième temps, le corps, derrière ce foyer, devient horizontal. Aux précurseurs de marque anglaise comme MARSHALL AND HEAD SCHEMIOT, RUSSEL ou .FOWLER s’ajoutent des entreprises françaises de grande diffusion : MERLIN, BROUHOT ou SOCIETE FRANCAISE.

Néanmoins, ces imposantes machines présentaient le défaut de devoir être attelées pour se déplacer. Une paire de bœufs était en effet nécessaire pour emmener la locomobile sur son lieu de travail. Or, bien souvent, elle devait aller de ferme en ferme pour accomplir le battage.

Les locomobiles routières, ou locotracteurs, tout en fonctionnant d’une manière similaire, étaient conçus pour se mouvoir par leurs propres moyens. Les usages demeuraient identiques. S’ils servaient surtout à entraîner les batteuses après la récolte, ils pouvaient aussi tirer les charrues à treuil, être employés dans les scieries ou tracter des convois sur les routes.

En France, quelques constructeurs tentent l’expérience. Mais si la locomobile s’est assez rapidement implantée, la routière, en revanche ne connaît pas le même succès. C’est un équipement lourd qui, même pour les entrepreneurs de battage, coûte cher. En outre, cette machine nécessitait un chemin carrossable pour arriver aux parcelles et convenait davantage aux grandes exploitations aux terres lourdes. Dès la fin de la Première Guerre Mondiale, le tracteur entre en concurrence.

Le monde paysan résiste également à cette modernisation. Les préjugés sont nombreux. On craint l’explosion de la chaudière ou qu’une escarbille mette le feu au champ, la poussière et la fumée dégagées sont peu appréciées au même titre que le bruit de la machine. Enfin, l’exploitant agricole redoute de perturber profondément le bétail et d’effrayer les animaux ombrageux.

La locomobile routière CLAYTON AND SHUTTELWORTH est l’un des rares exemplaires encore en fonctionnement en France. Fabriquée en 1909, elle développe une énergie d’environ 8 CV. Elle sert dans le sud du Quercy entre 1910 et 1927.

En 1943, elle est acquise par M. MINIHOT, charpentier et entrepreneur de battage de son état. A cette époque, la guerre a provoqué de nombreuses pénuries et une augmentation considérable du prix du carburant. Grâce à cette locomobile, il peut continuer son activité en se déplaçant dans les fermes pour les battages et sur les chantiers où il peut emporter sa scierie ambulante.

Ce n’est que vers 1949 que l’usage du tracteur, redevenu plus rentable, s’impose au détriment de la machine.


L’ATELIER DU SABOTIER

S’il est un point commun à toutes les régions de France, c’est bien le port du sabot dans les campagnes. Economique, robuste et à la portée de tous, le sabot présente pourtant certaines spécificités issues de la nature de son bois, sa forme ou son décor.

Les sabotiers furent au cours des siècles de plus en plus nombreux. Il n’était pas, rare d’en compter plusieurs même dans les petits villages, tant et si bien que jusqu’au début du XIXe siècle, le « sabotage » était considéré comme l’une des raisons de la déforestation. Les ateliers furent alors interdits à moins d’une demi-lieue des forêts.

Différentes sortes de bois pouvaient, être utilisées pour confectionner les sabots. L’aulne et le noyer étaient considérés comme des matériaux de luxe. A l’inverse, le bouleau, bois dur et lourd, donc difficile à travailler, était réservé aux moins argentés. Le pin et le sapin, du fait de leur perméabilité à l’eau, étaient aussi le lot des plus pauvres. Toutefois, d’autres essences étaient employées comme le hêtre.

Le bois, une fois coupé en forêt était débité et mis à sécher dans un appentis de l’atelier en attendant la commande.

Suivant la région de production, certaines particularités se dégagent. Les sabots des régions pyrénéennes sont plutôt coquets et pointus, tandis que ceux du Quercy sont surtout légers. Ils peuvent être massifs comme en Auvergne ou découverts comme dans le midi.

La fabrication de « l’esclop », ou sabot en occitan, demande une certaine habileté. Moins de dix outils sont nécessaires à sa réalisation, les plus importants étant la hache déportée, le paroir, les gouges et tarières. Une garniture de cuir, ornée de décors souvent stéréotypés, était fixée sur le dessus du pied. Enfin le ferrage était confié au forgeron du village.

Outre la modestie de son prix, le sabot était apprécié dans les campagnes pour sa robustesse et sa capacité à protéger de l’humidité. Sa surface permet aussi, de ne pas s’enfoncer dans les terrains boueux. Durant l’hiver, une poignée de paille ou de foin ajoutée dans la chaussure isole du froid.

Au cours du XXe siècle, la chaussure venue de la ville crée une relative concurrence. A partir de 1919, les premières machines à fabriquer les sabots font leur apparition. La majorité des ateliers reste fidèle à la production manuelle. Les machines Baudin apparaissent dans les années 1930. Elles coûtent alors environ le prix d’une ferme ! C’était oublier que l’avantage du sabot était aussi la possibilité pour l’agriculteur habile d’en produire pour sa famille durant les soirées d'hiver.


L’ESPACE DE L’EAU

En géologie, le Quercy se présente sous la forme d’un vaste plateau calcaire entaillé par de profondes vallées comme le Lot ou le Célé. Dans ces deux cas, la présence d’abruptes falaises prouve la puissance de l’action de ces rivières. Le travail d’érosion souterraine de ces eaux est aussi responsable des nombreux gouffres et grottes, parfois spectaculaires, qui parsèment la région.

Sur le causse, l’eau est rare est précieuse. Des puits citernes ou des lacs de Saint­ Namphaise constituent les rares sources d’approvisionnement des fermes. L’eau est gérée, économisée et à l’origine de la création de toute une gamme de récipients, de terre ou de métal, sensés la conserver, la transporter ou la distribuer.

Le lavoir est dans le village le point de rencontre et de conversation des maîtresses de maison. La lessive est un travail long et pénible dont on doit se dispenser parfois l’hiver lorsque l’eau est fortement gelée.

Dans les vallées, si l’eau permet d’irriguer les cultures, elle constitue également un risque non négligeable. Les traces laissées par d’importantes inondations à travers les siècles sont demeurées dans les textes : 1494, 1615 ou encore 1868. Néanmoins, durant une très longue période, le Lot est le meilleur moyen de circuler à travers le Quercy. Les routes et chemins sont à cette époque peu praticables. La rivière permet d’acheminer le vin et diverses autres marchandises aux grands centres de consommations. Les gabares, longues embarcations à fond plat, étaient le moyen de transport alors privilégié.

 Voie de communication, la rivière est aussi un obstacle qu’il faut franchir. La construction de ponts connaît un véritable essor entre 1850 et le début du XXe siècle. En Quercy, le premier pont sur la Dordogne n’est ouvert qu’en 1812. Partout ailleurs, il faut se contenter du passage à gué ou en bac.

L’eau dans le Lot est aussi employée comme énergie. Les moulins, essentiellement à céréales, sont nombreux dans la vallée.

Enfin, l’arrivée de l’eau dans les intérieurs domestiques est tardive. La fontaine du village joue un rôle important jusqu’au milieu du XXe siècle. Dans les maisons, il faut souvent alimenter les réservoirs des fontaines de cuivre ou de tôle.

Petit à petit, les pompes à main apparaissent dans les souillardes. L’hygiène corporelle est d’abord un souci citadin. Au début du XXe siècle, le bain n’est pratiqué que l’été dans les ruisseaux. Progressivement, les petites baignoires font leur apparition. Puis, c’est le tour de la lessiveuse qui vient faciliter une partie des lourdes tâches de la maîtresse de maison.

A Cuzals, l’espace de l’eau occupe une partie des installations d’adduction d’eau du château (essentiellement la citerne).