La chose

Texte et illustrations

2002-03                              
de  

     MAISONNIER Aladin
    et NATO Julien (4°II)

l'ordinateur

 

        Il faut dire que je possède un O.M.N.I.A. 3 * répondant à la voix, possédant 960 gigas de ... mais je ne vais pas vous inonder de données scientifiques ; en bref, mon ordinateur est une bonne petite trouvaille! Mes parents m’ont bien sûr limité : je ne peux l'utiliser que quelques heures par semaine, mais je trouve tout de même le temps de jouer à ces “jeux violents qui” ,dit-on, “rendent fous les enfants” . J’en ai déjà terminé une dizaine et je compte bien continuer.

        Si j’avais su ce qui m’attendait ... 

            Tout a commencé ce dimanche 6 octobre 2002. Comme chaque matin, sitôt levé, en attendant que ma mère descende pour préparer le petit déjeuner, j’allumais mon O.M.N.I.A. 3. Je chargeais “Fury” et m’amusais à pulvériser une petite vingtaine de soldats, lorsque mon O.M.N.I.A. 3, ma “machine”, afficha un écran noir comme la suie, sans autre explication. Je ne m’alarmai pas : il devait y avoir suppression de mémoire ou quelque chose dans ce genre là. J’utilisai ma “combin’secrète” mais l’écran resta aussi noir qu’avant. Paniqué, j’essayai à nouveau toutes mes combinaisons, mais en vain. C’est alors que l’écran me ramena derechef au jeu, sans plus d’explications que tout à l’heure. Interloqué, je fermai ce dernier, le supprimai et éteignis l’ordinateur. En attendant je songeais qu’il faudrait demander à mes parents d’emmener l’ordinateur chez le revendeur pour le faire réparer.

        Ceux-ci se levèrent une demi-heure plus tard. Mais lorsque je soulevai le problème de l’ordinateur, ils répondirent instantanément : - Hé, tu sais combien ça coûte, une réparation ? Nous t’avons déjà payé l’ordinateur ! Je n’insistai pas et décidai de la payer moi-même, cette fameuse réparation. Et quelques jours plus tard, allégé d’une centaine d’euros, je récupérai mon ordinateur et m’attelai à rattraper mon retard : je n’avais jamais passé autant de temps sans terminer un jeu “violent”. Ce jour là, mon O.M.N.I.A. 3 ne me refit pas le coup du 6 octobre ; j’allais finir ce jeu, je le sentais.

        Malheureusement, deux jours plus tard, mon O.MN.I.A. 3 recommença son manège, à l’instant même où mon jeu se terminait. Je dus renoncer à le ramener réparer à nouveau,mes finances étant en baisse. Je ne tins pas compte de cette seconde intervention et débutai un nouveau jeu (“Big Carnage”) avec anxiété, car je craignais que ma “machine” ne recommença à nouveau son manège. Une peur inexplicable s’empara de moi. Peut-être était-ce dû à l’impression de relief apparue au cours du deuxième arrêt de l’ordinateur ? Il m’avait semblé que l’écran était animé de remous, comme si quelque chose essayait d’en sortir...

            Mais étant déterminé, je continuais donc à jouer. Arrivé au dernier niveau, j’hésitai: devais-je finir ce jeu ou éteindre l’ordinateur ? J’optai pour la première solution, mais décidai tout de même d’appeler mes parents pour qu’ils voient ! Ces derniers arrivèrent et attendirent patiemment que je gagne ce niveau. Ayant exterminé tous les ennemis, j’attendis que l’écran recommence son manège. Il ne se passa rien. Au bout de cinq minutes, mes parents me dirent :
- Et alors ? Où est le problème ?
- Mais, ... mais ... ??? bafouillais-je.
- Bon, ne nous dérange plus pour rien. En tout cas, bravo, tu as terminé ton jeu !

        Ils allaient franchir la porte, lorsqu’un grésillement suraigu venant de l’ordinateur leur fit tourner la tête et ... . Et la “chose” , horrible, indescriptible, noire, malfaisante, bondit hors de l’ordinateur et nous lança un regard sadique. Je fut pris de nausée, je crus que ma mère allait s’évanouir tandis que mon père s’écriait : «Bon dieu d’bon dieu » et il me prit par la main, souleva ma mère par l’autre bras (il faut dire qu’il est très fort, mon père) et nous précipita hors de la chambre en claquant la porte. Il descendit l’escalier quatre à quatre, arriva dans sa chambre et ferma la porte à double tour avant de nous laisser tomber sur le lit pour reprendre son souffle. Je fermai les yeux, persuadé que je rêvais, puis je les rouvris en scrutant la pièce ; j’étais toujours dans la chambre de mes parents. Résigné, je décidai d’accepter la vérité. C’est alors que mon père décrocha son fusil de chasse et l’arma : il venait d’y insérer deux cartouches de gros calibre. Il ouvrit avec précaution la porte en épaulant son fusil. A l’instant même où il en franchissait le seuil, ma mère poussa un hurlement de terreur : cela eut pour conséquence de faire sursauter mon père qui appuya malencontreusement sur la détente ! Le coup pulvérisa le four à micro ondes. Je me retournai et aperçus alors la “chose” , cette horreur qui semblait sourire de notre terreur.

        C’est alors que mon père d’un geste brusque, épaula de nouveau en me criant: « Eric, écarte-toi !!! » puis il tira en visant la “chose” qui venait de sauter vers lui ; le projectile la traversa et “chose” atterrit aux pieds de mon père avec un sourire mauvais, comme si elle disait : «Bon, maintenant, à mon tour! » . Elle leva ce qui devait lui servir de bras et une grosse boule de feu ... non !... plutôt une grosse boule d’énergie, apparut entre ses “bras” ; je fus tellement déconcerté que je ne l’esquivai pas à temps et me retrouvai assommé contre l’escalier, les vêtements en lambeaux, décoiffé par l’énergie qui m’avait projeté en arrière. Ma mère, affolée, se mit à crier. Quand à mon père, il lança son fusil à la “tête” de la “chose” (oubliant que cela ne pouvait pas lui faire beaucoup de mal) et se précipita dehors avec ma mère qui m’attrapa par la main et me tira hors de la maison après un dernier regard terrifié vers la porte de la chambre.

        Nous nous retrouvâmes dans une ruelle déserte, puis dans un angle de maison, et nous restâmes immobiles pour ne pas nous faire repérer par la “chose”. Ma mère alla demander de l’aide à son amie médecin, MIle Lorenzi. Elle entra en ouvrant la porte à la volée et se précipita dans le salon de son amie. Mise au courant, cette dernière sembla quelque peu déconcertée par notre histoire mais vint tout de même pour m’aider à reprendre toute ma conscience. Quelques minutes plus tard, toutes deux arrivèrent dans notre “cachette” . Je commençais à reprendre connaissance : je voyais un peu le paysage, mais tout restait assez flou. Le médecin m’examina et dit :

- Il faut l’emmener chez moi et l’allonger sans tarder; il va avoir une fameuse bosse !!! Espérons qu’il n’y aura pas de séquelles!
- D’accord, mais . . . -fit ma mère en lançant des regards inquiets autour d’elle- mais la “chose” risque de nous retrouver !
- Arrêtez avec votre histoire ! Vous voulez vraiment que votre fils risque réellement quelque chose ! s’écria son amie en lançant un regard furieux à mes parents. Et, sur ce, elle me prit dans ses bras et m’emmena chez elle, dans son cabinet, suivie de mes parents.

            Je pouvais maintenant bouger mes membres mais pas encore me lever. Ma mère me fit respirer des sels. Mon père tremblait, faisait les cents pas en grommelant, lançant des regards inquiets dans tous les coins. Pendant ce temps, notre hôte allumait la radio. «Trois transports scolaires ont étés renversés par un extraordinaire souffle d’énergie, on compte au moins trente cinq blessés,dont sept gravement .. .», déclara la voix du speaker.

        C’était la “chose” ,je le savais ; il fallait absolument intervenir !

        «...Et maintenant, voici venue l’heure de la météo...» Clac ! Je venais d’éteindre la radio. Hé oui, j’avais bel et bien réussi à me lever ; je m’écriai :

        J’ai trouvé la solution ! Si la “chose” est sortie de l’ordinateur, c’est grâce à chaque jeu violent que je terminais ! En effet, à chaque fin de jeu, l’écran devenait de plus en plus noir et il y avait de plus en plus de remous. Si je détruis les jeux, cela devrait pouvoir la tuer !»

            Et sans m’attarder plus longtemps, je courus vers notre maison, animé d’une nouvelle force et d’un grand espoir !

            J’entrai en trombe et montai l’escalier quatre à quatre et ... me retrouvai face à la “chose” qui était entourée d’un halo d’énergie. A mon entrée elle me fit ce que je pris pour un sourire, ce même sourire sadique que je lui vis la première fois. Elle s’avançait vers moi, de plus en plus. Mais je n’allais pas me laisser abattre et je me précipitai vers tous mes C.D. Roms de jeux et les cassai en deux, en quatre, en huit ,en miettes... avec rage et fougue. Je transpirais à grosses goutes ; il ne me restait plus que six C.D. à détruire. La “chose” avait diminué de volume et devait faire maints efforts pour ne pas se faire happer par l’écran qui l’attirait comme un aimant.

            Elle émit un cri : «WOAHA !!!» ... et une nouvelle boule d’énergie sortit de sa main. Je me précipitai à plat ventre; elle me rata de quelques centimètres à peine et alla éventrer le mur d’en face. Je me remis le plus rapidement possible à pulvériser les derniers C.D. : plus que quatre, plus que deux ! La “chose” lança une nouvelle boule d’énergie qui réduisit mon bureau en miettes, mais je m’en fichais, il ne me restait maintenant plus qu’un C.D. à détruire ! Un sourire de triomphe apparut sur mon visage.

        C’est alors que mon poing qui était censé écraser le C.D. se heurta à l’équivalent de cinq centimètres de blindage. Je crus bien m’être cassé le poignet. La “chose” minuscule à présent poussa un hurlement de triomphe (HAGASARU !!!) et lança cette fois-ci deux boules d’énergie ! Je réussis à éviter la première qui fit partir mon lit en fumée mais la deuxième arrivait droit sur moi.

            Elle n’était plus qu’à cinquante centimètres de mon visage ... Ca y est, pensais-je, je suis mort. Je fermai les yeux et CRRAK !!!

            Je rouvris les yeux et constatai que j’étais encore vivant. Je regardai ce que je tenais dans les mains : c’était le C.D. coupé en deux : je l’avais inconsciemment plaqué contre mon visage et il m’avait sauvé la vie ! La “chose” avait disparu à présent : j’avais réussi.

         Je m’effondrai sur une chaise en poussant un soupir de soulagement. Je fermais les yeux et je souriais, lorsque j’entendis un grésillement venant de l’ordinateur. Intrigué, je regardai l’écran et lus :

 

Le message s'effaça et mon O.M.N.I.A. 3 explosa. Effrayé, je me précipitai hors de la maison et retrouvai mes parents.

Et je compris que les "choses" pourraient en effet revenir tant qu'il y aurait quelqu'un pour finir des jeux violents.

        Les "choses" reviendront, ce n'est qu'une question de temps.

 

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* O.M.N.I.A. : Ordinateur à Mémoire Neuronique et à Intelligence Artificielle