Découverte de la civilisation Crétoise
Le monastère d'ARKADI
haut-lieu de la résistance crétoise

 

 

   Construit sans doute à partir du XVI° siècle le monastère d'Arkadi fut l'un des grands centres culturels grecs de la Renaissance crétoise.

   L'influence de la Renaissance italienne y est bien visible, comme dans beaucoup d'églises et de monastères édifiés au cours de la période de domination vénitienne en Crète.
(cf. ci-contre)

    "La façade occidentale de son église à deux nefs est caractéristique de ce qu'on a appelé la "Renaissance crétoise" : un mélange d'éléments romans et baroques.
    Elle comporte, au niveau inférieur, des doubles colonnes corinthiennes et des arcs en plein-cintre ; au niveau supérieur, des pilastres et des arcs en tiers-point. Arabesques et guirlandes baroques complètent sa belle ornementation"
                    (Guide Gallimard p. 103) 
     

 

 

L'emplacement inaccessible du monastère, ainsi que sa construction comme une véritable forteresse aux murailles hautes et épaisses, furent déterminantes pour son histoire. Il fut mis à mal par les Ottomans à trois reprises : en 1645, en 1823 et, enfin, en 1886.
 C'est en 1866 qu'Arkadi fut le théâtre des plus sanglants affrontements entre l'armée turque et des paysans crétois retranchés dans le monastère, avec femmes et enfants. Après deux jours de résitance héroïque, les assiégés se voyant perdus firent intentionnellement exploser les barils de poudre, sacrifiant leur vie pour soustraire aux ennemis armes et prisonniers. Plus de 800 personnes trouveront la mort parmi les résistants crétois, et du côté turc, près de 1500 assaillants.

   Le monastère est devenu aujourd'hui un sanctuaire national en l'honneur de la résistance crétoise ; chaque année, le 8 novembre, ont lieu des fêtes commémoratives, à Arkadi et à Rethymnon. On rend aussi hommage au courage du supérieur du monastère, l'higoumène Gabriel, qui donna l'ordre de mettre le feu aux munitions. L'explosion, loin de mettre un terme à l'insurrection crétoise, attira l'attention de l'Europe sur ce peuple qui se battait jusqu'à la mort pour sa libération, et contribua à son accession à l'autonomie, en 1898.

     

 

 

    On peut voir encore le bâtiment qui servait de poudrière et le trou laissé par l'explosion. Sur une plaque de marbre, à droite de la poudrière, sont inscrites ces paroles :
    "Cette flamme allumée dans cette crypte qui a illuminé toute la Crète glorieuse était une flamme divine, qui fut l'holocauste des Crétois pour la liberté !

 

Le massacre d'Arkadi raconté par Victor Hugo

    "En écrivant ces lignes, j'obéis à un ordre venu de haut ; à un ordre venu de l'agonie. [.../...]
    On connaît ce mot, Arcadion, on connait peu le fait. En voici les détails précis et presque ignorés. Dans Arcadion, monastère du mont Ida, fondé par Héraclius, seize mille turcs attaquent cent quatre-vingt-dix-sept hommes, et trois cent quarante-trois femmes, plus les enfants. Les Turcs ont vingt-six canons et deux obusiers, les Grecs ont deux cent quarante fusils. La bataille dure deux jours et deux nuits ; le couvent est troué de douze cents boulets ; un mur s'écroule, les Turcs entrent, les Grecs continuent le combat, cent cinquante fusils sont hors de service, on lutte encore six heures dans les cellules et dans les escaliers, et il y a deux mille cadavres dans la cour. Enfin la dernière résistance est forcée ; le fourmillement des turcs vainqueurs emplit le couvent. Il ne reste plus qu'une salle barricadée où est la soute aux poudres, et dans cette salle, près d'un autel, au centre d'un groupe d'enfants et de mères, un homme de quatre-vingts ans, un prêtre, l'igoumène Gabriel, en prière. Dehors on tue les pères et les maris mais ne pas être tués, ce sera la misère de ces femmes et de ces enfants, promis à deux harems. La porte, battue de coups de hache, va céder et tomber. Le vieillard prend sur l'autel un cierge, regarde ces enfants et ces femmes, penche le cierge sur la poudre et les sauve. Une intervention terrible, l'explosion, secourt les vaincus, l'agonie se fait triomphe, et ce couvent héroïque, qui a combattu comme une forteresse, meurt comme un volcan."

Correspondances, carnets et notes de Victor Hugo, année 1867